Pouvoir d’achat : mieux partager les fruits de la croissance

Tribune de Bernard Cohen-Hadad, Président de la CPME Paris-Ile-de-France.

La forte reprise de l’activité économique en sortie de crise sanitaire s’accompagne d’un niveau inédit de création d’emplois et d’une hausse généralisée des prix des produits de première nécessité qui nourrissent, en France, des revendications sur le pouvoir d’achat et les salaires.

Dans la campagne présidentielle, sur les salaires, les économistes rivalisent de propositions et certains candidats déclarés n’hésitent pas à jouer la surenchère. Mais hélas, une fois de plus sur les sujets essentiels, le débat d’idées est tronqué.

S’il convient de distinguer pouvoir d’achat “réel” et “ressenti”, aujourd’hui en France, le sentiment d’une perte de pouvoir d’achat n’en est pas moins accru par l’augmentation des dépenses pré-engagées (loyers, électricité, télécoms…) et des autres dépenses nécessaires, par exemple le transport domicile-travail. Et ce dernier n’est pas négligeable dans les grandes métropoles avec l’augmentation des prix des carburants.

Le sentiment de ne pas être payé comme il faudrait est réel pour une partie des salariés. Et personne ne peut plus ignorer, y compris dans nos entreprises, la question du pouvoir d’achat qui est devenue la première préoccupation des Français.

Augmenter les salaires ?

D’aucuns proposent une augmentation exceptionnelle de tous les salaires. Cette mesure, médiatique et séduisante, n’apparaît pas cependant adaptée à notre situation.

Les chefs d’entreprise qui en ont la capacité ont, la plupart du temps, d’ores et déjà procédé à des augmentations individuelles de salaires, voire plus largement à une revalorisation salariale.

De plus, une telle augmentation ne serait pas un coup de pouce mais bien plutôt un coup de frein pour l’emploi des moins qualifiés et pour les marges – souvent fragiles – des TPE-PME, notamment dans les secteurs des services à la personne et de la propreté où recruter actuellement à des niveaux de rémunération élevés n’est financièrement pas soutenable.

Enfin, face à la concurrence, il serait difficile pour les petites entreprises de répercuter l’augmentation du coût sur le prix de vente.

Baisser les impôts ?

D’autres recommandent une baisse des impôts. Cette option, qui demande à l’Etat d’être moins gourmand, apparaît toutefois peu crédible, pour ne pas dire « mission impossible ».

D’abord, les impôts ont déjà baissé depuis 2017 (exonération progressive de la taxe d’habitation, réduction de l’impôt sur le revenu, etc.) : environ 52 milliards d’euros au total pour les entreprises et les ménages. Mais avec la reprise rapide, peut-on financer une baisse supplémentaire des charges ?

Dans un souci d’équilibre budgétaire, sauf à dégrader plus encore l’endettement de la France, toute diminution des recettes devrait être précédée par celle des dépenses.

Or, la part des dépenses publiques dans la richesse nationale est loin d’avoir diminué au cours du quinquennat, contrairement à l’engagement du candidat Macron de la ramener à 52% du PIB en 2022 : 55,4% en 2019, 61,6% en 2020, 55,6% prévus en 2022… Il est vrai que la pandémie est passée par là !

Partager la valeur

Pour améliorer le pouvoir d’achat, il existe des pistes de rémunérations alternatives à l’augmentation des salaires et à la baisse des impôts.

L’entreprise peut d’abord utiliser plus largement les leviers dont elle dispose pour récompenser ponctuellement les salariés : la “prime Macron”, la participation aux bénéfices, l’intéressement à la réalisation d’un objectif.

Il existe là d’importantes marges de progrès : seuls 7,5 des 20 millions de salariés profitent en effet aujourd’hui des différents dispositifs de l’épargne salariale. L’État pourrait aussi relever certains plafonds limitant leur portée et continuer à simplifier ces dispositifs.

L’actionnariat salarié mériterait encore d’être développé. La loi de finances pour 2021 l’a favorisé en exonérant de forfait social les abondements de l’employeur complétant les versements volontaires des salariés pour acquérir des actions de leur entreprise au sein de leur plan d’épargne salariale, et en étendant aux entreprises de taille intermédiaire (ETI) n’ayant jamais versé de dividendes, les exonérations dont bénéficient les PME qui attribuent gratuitement à leurs salariés des actions de l’entreprise.

Il est possible d’aller plus loin, notamment dans les TPE-PME, avec des actions sans droit de vote qui donnent un droit à des dividendes et peuvent être revendues. Bien entendu, sans cogestion et éventuelle remise en cause de l’autorité de la direction car la plupart de nos entrepreneurs n’y sont pas favorables.

Le partage des fruits des efforts communs, comme l’avait rappelé l’exposé des motifs de l’ordonnance du 17 août 1967 “relative à la participation des salariés aux fruits de l’expansion des entreprises”, est dans l’intérêt durable de tous – le salarié, l’entreprise, l’économie et la société. Cette doctrine gaulliste généreuse reste d’actualité d’autant que ce partage améliore aussi le dialogue social et souligne combien le progrès est une œuvre avant tout collective.


 

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